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Pascal DEUX, en 2004, avec comme vedette principale
l’ancien champion du monde français de Boxe WBA,Fabrice BENICHOU,
a suscité beaucoup d’intérêt. En effet, pourrait-on ainsi
se satisfaire de cette définition de la boxe professionnelle en tant
que sport de combat comme : «une discipline physique et /ou
mentale d’opposition duelle et duale, à orientation sportive et/ou «médiative»
, dont la finalité réside, outre dans l’affrontement
technico-tactique codifié qu’elle autorise dans un cadre
spatio-temporel délimité dans le processus d’éducation et
d’autoformation des sujets, sous-tendu par un travail sur le lien
social et la relation à autrui, n’excluant pas une certaine forme
d’expression de la violence» (1)
De surcroît, la thématique du film «Million
dollars baby» de Clint EASTWOOD de mars 2005, intensifie
ce ressentiment étrange et disons- le tout haut, de confrontation
quoique sportive mais toute autant intense et bâtie sur des
velléités de puissance, ponctuées de certaines règles
socio-éducatives énigmatiques.
Qu’en est –il exactement de cette
confrontation pugilistique plus connue sous l’appellation de boxe
professionnelle? Serait-elle une bestiale atteinte à la dignité
humaine ou une sensible expression esthétique?
Au cœur de cette problématique, semblent
apparaître en premier lieu les préceptes intangibles mis en évidence
depuis la nuit des temps par SUN TSE dans son ouvrage «l’art
de la guerre» (2)
Mais en second lieu ne pourrait-on pas
parler à l’instar du «théâtre des conflits guerriers» d’une
certaine «théâtralisation» du combat en boxe ?
UN ART DE LA GUERRE
Le combat de boxe est dramatique car son dénouement tend à être
souvent tragique. On doit détruire son adversaire pour gagner.
La violence des coups, leur répétition, le
«Knock – out » et pire encore le «Knock - down »
(3) : quand le boxeur est au sol, inconscient les bras en croix, le
sang parfois - tout concourt à polir une image pour le moins
bestiale mais aussi guerrière du combat.
Il met aux prises deux boxeurs avec leurs
propres limites semblant les amener à frôler la mort, augmentant la
force dramatique du spectacle dans une histoire indécise.
Le combat ALI / FRAZIER du
01/10/1975 à Manille où le second, blessé et épuisé, abandonna à
l’appel du 15 eme round fut défini comme « 4O minutes de violence
ininterrompue et de souffrance inimaginable» (4) et aussi de «meurtre
lent durant lequel les deux hommes sont passés près de la mort »
(5)
En second lieu l’art de la guerre semble
bien s’apparenter à la tactique usitée lors des combats de boxe. Le
ring est le «théâtre» de la cruauté : la brutalité du « corps à
corps », la violence des coups, en un contact tout autant
physique que moral.
La victoire avec parfois la symbolique du
K.O est plus perçue non comme un dépassement de l’autre mais plus
encore comme un dépassement de soi.
En ce sens, le but est bien sur de limiter
dans la mesure du possible la durée du combat. L’on cherche ainsi à
soumettre l’adversaire par «une combinaison de ruse de surprise
et de démoralisation »
On révèlera l’importance de l’aspect
psychologique, qui joue un rôle déterminant dans le déroulement du
combat guerrier comme singulier.
Avant et durant la confrontation,
l’émotion est intense. L’on s’est préparé en fonction des aptitudes
et capacités de l’adversaire. On a cherché à analyser ses points
forts ou faibles, mais surtout à connaître ses éventuelles failles.
Pourrait-il supporter des assauts
incessants ? Sait –il boxer en reculant ? Est-il plus fort à
distance ou à mi- distance? Qu’à –t-il prévu ou préparé, me
concernant? Et si je lui «cassais sa boxe » ? (6) Est – il ou non
un «chauffeur de taxi» (7), un «looser» ? (8)
Il est évident que ce qui semble décisif
c’est «d’attaquer la stratégie pré-établie de l’adversaire»
A partir d’une stratégie pré- établie et
selon les aptitudes techniques et le savoir- faire, décelés, de mon
adversaire, je vais tenter de démonter son système, imposer ma
vision du jeu et lui faire comprendre qu’il n’a aucune chance.Sa
démoralisation pourrait permettre une issue plus avantageuse à mon
endroit.
L’on ne peut ainsi exclure cette pensée de
SUN TSE : il faut «user d’une stratégie fondée sur
l’intelligence de l’autre, à tirer partie de ses faiblesses, de sa
démoralisation provoquée, à le rendre moins couteux possible en
portant un coup de grâce à un adversaire déjà en plein désarroi»
Le combat de boxe constitue de ce fait un
réel phénomène social mais aussi une extraordinaire aventure
individuelle.
L’on se promet d’aller au bout de ses
limites, par défi, par haine, par honneur, par orgueil.
Il est considéré pour beaucoup, ceux qui
«ont faim», (9) ceux qui voudraient s’élever socialement,
comme un ascenseur pratique quoique difficile et terrible.
Il génère un engouement fantastique,
empreint de ferveurs collectives, d’identifications massives, de
frénésies nationales, constituant un gisement d’audience inestimable
pour les médias en un pont entre l’universel et le singulier.
Toutefois, si la boxe relève d’un
affrontement guerrier, elle est avant tout un affrontement entre
deux hommes, dont un seul apparaîtra à la lumière !
UNE SENSIBLE EXPRESSION
ESTHETIQUE
Le combat de boxe bien que toujours ponctué de relents dramatiques
reste toujours le «noble art ».
En effet et pour se faire, l’on devra
faire montre d’une évidente technicité issue d’un apprentissage
douloureux viril et efficient.
Malgré la violence qui s’y dégage, l’on
s’aperçoit très vite qu’il est aussi donné… «des coups aux idées
reçues.» Il devient ainsi une possibilité théâtrale de
s’exprimer en «une virile protestation. »
Il ne suffit pas en effet uniquement de
frapper mais de mettre en œuvre une certaine maîtrise de délivrance
de ces coups. De surcroit, il faut en prendre le minimum ! Quand s’y
ajoutent les attaques, les contre-attaques, les blocages, les
esquives, les feintes, les déplacements, les «désaxer» les retraits
du buste, les remises, les neutralisations, les ripostes, la
vitesse, le timing, l’explosivité, l’agression contenue et une
volonté manifeste de gagner, le combat devient un vrai spectacle
sportif professionnel avec une toute autre dimension.
Il reste ainsi et sous cet aspect, une
véritable expression esthétique plus communément dénommée le «noble
art. »
Les oppositions de styles illustrent très
bien cette notion de savoir-faire dit «stratégique» quant à la
construction du «jeu » et des choix des méthodes de résolution
apportés aux problèmes posés.
Il en fut ainsi lors du même combat Muhammad ALI et «Smoking»
Joe FRAZIER sus cité, où il fut fait une très nette
distinction entre «l’agression perpétuelle» du second
et le «génie pugilistique» du premier. (10)
En premier lieu, l’on retrouve une
possibilité théâtrale de s’exprimer en une virile protestation, mais
très spécifique compte tenu du concept de «l’incertitude du
résultat » ou du dénouement !
Il faut soumettre son adversaire pour se
mettre «à la lumière.» La gloire ferait de «n’importe qui »,
par ses propres forces et non par sa naissance, «quelqu’un »
Tel l’acteur apprécié pour son talent, le
boxeur sort de son anonymat par cette possibilité théâtrale de
s’exprimer à travers un style, une technique, une attitude virile.
Plus encore, sur le plan psychologique,
l’on observe un changement radical du boxeur. Parfois, effacé ou
timide, modeste ou « transparent » il fait montre d’une
fureur très agressive au combat. Sa prestation pourrait être une
réponse aux turpitudes de la vie, une façon toute particulière de
protester contre parfois le mauvais sort ou les difficultés de la
vie, de se montrer, «d’aller vers la lumière »
Cette virile protestation se rapproche à mon sens des «
instincts dominateurs du moi » déjà explicités par Alfred
ADLER dans sa théorie de la «compensation. »
Le plan de carrière du boxeur ne saurait
en ce sens être différencié du «plan de vie», orientation
fondamentale initiée dès l’enfance, selon ADLER.
En outre, nietzschéen, ce psychanalyste
admettait ouvertement que la vie est une lutte, que l’individu doit
s’imposer de quelque manière, chercher à dominer d’une certaine
façon.
La boxe ne serait – elle pas cette option,
qui seule permettrait de faire disparaître ce sentiment
d’infériorité, intrinsèquement naturel, par le biais de la
recherche d’une réponse positive au besoin d’auto – satisfaction ?
D’une compensation ?
On rejoint ici cette notion de «grandeur »
qui dépasse largement le cercle du jeu, que confère Maurice
RUDETZKI, au pugiliste.
Les deux acteurs acceptent «d’abattre
ou d’être abattu par l’adversaire» (11), de livrer une « bataille
ouverte », de faire « le plein d’émotions » où chaque
spectateur éprouvera le sentiment étrange d’être également un acteur
d’une histoire dont l’issue reste toute aléatoire.
Il en est également de même pour la durée
du show, du spectacle, de cette bataille.
Sur un coup et un seul, l’un des deux
acteurs pourrait à tout moment succomber et «périr» - et
pourquoi pas les deux, dans les rêves les plus fous, pour la beauté,
la singularité ou la spécificité exceptionnelle du spectacle ?
En effet, «contrairement au film ou à
la pièce de théâtre, dans les stades, les jeux ne sont pas faits à
l’avance – c’est là une de leurs propriétés dramatiques singulières »
(12)
La boxe est bien un spectacle sportif,
lequel par ses actions continues ponctuées de rebondissements,
suscite une effervescence émotionnelle.
Elle pourrait apparaître comme «un jeu
profond qui théâtralise les valeurs cardinales de nos sociétés en
exaltant le mérite, la performance, la compétition entre égaux »
(13)
Au-delà de la nécessité d’une très bonne
condition physique et d’une amélioration optimale de la préparation
spécifique à l’affrontement est essentiellement mise en exergue la
notion technico – tactique.En effet, de nombreux paramètres non
immédiatement perceptibles par le spectateur non avisé ou néophyte
sont pourtant non seulement respectueusement suivis à la lettre mais
très prisés et surveillés de près par les spécialistes.
Il s’agit principalement des notions de
distance, de placement, d’initiative, d’opportunité et de hargne,
que tous les meilleurs combattants surtout dans le domaine des arts
martiaux et des sports de combats, connaissent et appliquent, du
moins les principales émanant du KARATE japonais, s’agissant
des fameuses notions de «ma - ai» et de «sen» (14)
Ces notions fondamentales auraient –elles
pour le moins été occultées par TYSON lors de son mémorial
combat contre James DOUGLAS en 1990 à Tokyo (JAPON)? (15)
L’œil aguerri du spécialiste remarquera
également les utilisations opportunes ou non des feintes, des
esquives, des techniques simultanées ainsi que du sens tactique
(opportunité des attaques ou des défenses), des moments d’attente ou
«d’hallali», du timing, usités par les belligérants.
Il représente également et pour beaucoup
un fameux ascenseur social générant un engouement fantastique.
La boxe représente un moyen,
d’exploitation maximale des aptitudes naturelles formatées par un
apprentissage spécifique, lequel, combiné au courage, aiguisé par
l’orgueil, la haine ou l’honneur, permet d’affronter une certaine « infériorité »
réelle, conventionnelle ou sociale. C’est là que se joue le passage
du monde du noir au blanc, des ténèbres à la lumière
Mais surtout la boxe est le lieu de
l’exaltation des identités dans une confrontation toute
confessionnelle. Le boxeur en une torsion magistrale de la volonté
toute entière engagée, « pré-vient » le futur en vue de
l’accomplissement d’une performance dont le résultat restera,
cependant, toujours, aléatoire.
Rien ne me semble en ce sens plus
important que la volonté personnelle de dépassement de soi.
* Daniel ILLEMAY
Master en marketing et
management du sport professionnel - 2MSP - (Université de Rouen -
France)
Ancien champion de France et
vice-champion du Monde de Boxe Américaine,
Ceinture noire 5 ème Dan de
Karaté (Karaté Contact)
Ceinture noire 6 ème Khan de
Muaythaï
Ceinture noire 7 ème Degré en
Boxe américaine, Full Boxing, Full Contact, Kick Boxing
danielillemay@aol.com
www.fmda.fr
(Extraits du livre: Ecrit dans
les cordes – L’Elocoquent Editeur -75 Paris – Décembre 2006 – (Sous
la direction de Elise DURR) - Daniel ILLEMAY « La boxe : bestiale
atteinte à la dignité humaine ou sensible expression esthétique ?»).
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