FAMK, l’héritage des arts martiaux khmers
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Méconnu du grand public, la culture KHMER connaît pourtant un bel essor parmi les discipline pieds-poings. Proche par certains de ses aspects, les AMK est bien plus complexe que cela. En quelques questions, Luc MENSAH nous explique les fondamentaux d'un style qui a de l'avenir.
Luc peux-tu te présenter ?

Bonjour, je suis le Secrétaire Général de la Fédération des Arts Martiaux Khmers, la FMAK créée en 2009 à la suite de la commission de Kun Khmer qui existait depuis 2007 au sein de la FBTMTDA. A titre personnel, je suis cadre dirigeant dans un cabinet de sécurité informatique.

Qu’est-ce que le BOKATOR ?

Merci de me donner l’occasion d’une mise au point. Il y a deux parties dans les Arts Martiaux Khmers; les AMK. La partie traditionnelle et la partie moderne (lutte et Kun Khmer, modernisés au début du 20e siècle par l’administration coloniale française). La partie traditionnelle, est subdivisée en deux composantes : sans armes et avec armes. Le bokator appartient à la composante avec armes. (deux pièces de bois protégeant les avant-bras pour contrer l’arme de l’adversaire et attaquer).  Mais les débats d’historiens et spécialistes continuent sur la forme exacte des bâtons. Il faut savoir que le Cambodge a subit un génocide en 75, et renait de ses cendres. La majorité des « krus » (maîtres) a disparue. Les autres sont très âgés et vivent retirés dans les campagnes. La nature ayant horreur du vide, certains surfent sur une vague d’ignorance, au Cambodge même. Même la FAMK a été dupée au départ. Les anciens de la communauté khmère de France et MEAS Yanouris ont mis à jour la supercherie confirmée aujourd’hui. Ceci dit, s’agissant de diseurs sortis de nulle part pour tenter d’emporter la mise (s’accaparer les Arts Martiaux), nous n’avons en France, de leçon à donner à personne… Au Cambodge, les autorités sont à l’œuvre. Les Ministères des Sports et de la Culture ont engagé des recherches, rassemblé les « krus » (maitres traditionnels) encore vivants et les archives à leurs disposition. Ils considèrent qu’il s’agit de préserver l’intégrité du patrimoine immatériel khmer.

Quelles différences y-a-t-il avec le muaythai ?


On ne parle pas de la même chose. Tout est différent ! Pour exemple, c’est comme si on comparait la canne française et la savate (ou  la BF) ! Imaginez un instant, quelqu’un qui vous dirait « moi j’enseigne la canne française » et qui vous montrerait des techniques de lutte ou de combat libre ! Pour les comparaisons avec le Muay Thaï (boxe thaïe), le plus judicieux est de parler du Kun Khmer (boxe khmère). L’Histoire nous dit que les khmers sont à l’Asie du Sud-Est ce que les romains ont été à l’Europe. L’empire khmer a régné sur toute une région qui s’étend du sud-Vietnam actuel jusqu’à l’Est de la Birmanie, et de toute la côte jusqu’au sud du Laos. Jusqu’à ce que le royaume Siam d’Ayuthaya y mette fin, après avoir pris Angkor au début du 15e Siècle. L’empreinte de l’empire khmer sur les pays avoisinant est similaire à celle que la Rome antique a laissée sur l’ensemble de l’Europe : elle concerne l’écriture, la religion, les Arts, l’architecture, l’organisation politique et les Arts Martiaux. C’est la raison pour laquelle il d’usage de dire que le Kun Khmer ( boxe khmère) et le Muay Thaï ( boxe thaïe) sont respectivement mère et fille. Les différences ? La méthode d’enseignement, des points de règlement et le style : le Kun Khmer est plus radical, avec prédominance des coudes, genoux et projections.  Le Muay a beaucoup évolué, par exemple, les techniques d’anglaise y ont une part largement plus prépondérante.

Quel essor connait cette discipline en France ?

En termes de licences cela représente combien ? Parlons des Arts martiaux Khmers dans leur ensemble donc ;  cad le kbach kun boran khmer  (les AMK traditionnels) et le Kun Khmer (la boxe khmère). Le Kun Khmer profite d’un environnement sensibilisé par le Muay en France et d’une importante communauté de français khmers.
Grâce à nos premiers DIF, Nous sommes heureux de compter les premiers clubs « 100% Arts Martiaux Khmers » (Le pré-Saint Gervais) ; qui pratiquent les disciplines  traditionnelles et le Kun Khmer. En nombre de licenciés nous approchons le millier. Cependant, l’indicateur le plus intéressant est celui de la répartition géographique qui se développe hors Ile de France.


On peut voir ci-contre que le travail avec arme est une composante importante des arts martiaux khmers
Existe-t-il un vrai développement international comme le connaît le muaythai actuellement ?

Un paradoxe. On estime à plus de 100.000, le nombre de personnes vivant directement ou indirectement du Muay thaï en Thaïlande. Il en existe à peine 8.000 au Cambodge, dont 1000 keilakors et keilakarany (boxeurs hommes et femmes)… Cependant, il y a plus de Kun Khmer au Cambodge à la télévision le week-end, que de Muay sur les chaines en Thaïlande ! Toutes les chaines (5) ont leur stadium et diffusent du Kun Khmer au Cambodge. Fait notable, une chaine « Bayon TV », diffuse systématiquement un ou deux combats féminins aux heures de grande écoute. Les bourses des « keilakors » sont passées de 15 $ US il y a 5 ans à 100 $ US par combat, voire des primes de 500 $ US pour les meilleurs…  De plus en plus de titres impliquent des boxeurs étrangers.

D’ailleurs comment fait-on pour développer la reconnaissance d’une discipline au côté d’entités fortes comme le K-1 ou le muaythai ou encore le MMA ?

Il y aura selon moi, un développement parallèle au Muay, compte tenu de la nature des relations entre la Thaïlande et le Cambodge... En France, nos relations sont bonnes avec le Muay et la FMDA. Le sort du K-1 me semble réglé sur le plan international. Les AMK n’ont RIEN à voir avec le MMA qui est un sport de combat à part entière. N’en déplaise à ceux qui auraient tendance à faire le grand écart pour justifier la promotion d’une discipline imaginaire.

Quels projets as-tu pour les Arts Martiaux Khmers en France (compétitions, stages etc…) ?

D’abord cette saison, faire venir des « krus » dans les différentes disciplines traditionnelles grâce à notre responsable fédéral M. MEAS Yanouris qui fait un énorme travail d’information historique. Ensuite, notre responsable fédéral de Kun Khmer Félix HOUR, bien connu dans le milieu de la boxe, travaille à renforcer nos effectifs de formateurs (Kun Khmer et traditionnel) et d’arbitres. Grâce au soutien de la fédération cambodgienne de boxe khmère. il monte aussi de nouvelles compétitions en Kun Khmer cette saison avec, naturellement, des keilakors cambodgiens. Je parle là de développement en maintenant la spécificité des AMK. Sinon on obtiendra, un autre muay qui n’en sera pas. Il nous faudra monter en puissance dans l’organisation de nos stages d’été au Cambodge et répondre aux demandes de stages et de compétitions en Europe.

Qu’as-tu à dire aux lecteurs pour leur donner envie de pratiquer cet art martial ?

 Les Arts Martiaux Khmers sont millénaires et complexes. Dans la pratique des armes traditionnelles Khmères, vous découvrirez un monde riche, empreint de traditions, surtout pour les enfants.  Avec le Kun Daï (ou Prodal Boran : combat libre traditionnel), une méthode de self-défense particulièrement efficace ; qui n’a rien à voir avec le MMA… Quant au Kun Khmer (boxe khmère), l’origine des boxes sud-est asiatique ; je pense qu’en France nous sommes avec les australiens, en dehors du Cambodge, le pays qui commence à le connaitre le mieux.  Bienvenue à vous tous au sein de la FAMK.

Quel est ton mot de la fin ?

J’évoquais, lors d’une première interview accordée par « les infos du fight », un recueil de Mantras qui permet aux aveugles de recouvrer la vue. Après une première lecture la saison passée,  je compte réitérer l’opération cette année… Remerciements sincères à LIDF.
Bonne année sportive à tous.


Photos fournies par Luc MENSAH


Admin , le 21.09.2011

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